Place des abbesses — paroles: Pierre Lapointe / musique: Pierre Lapointe
Je vous emmène dans la fête
Sur le carrousel où se violent les fous
Au milieu des cris de la bête
Vous noyer dans l'océan des gueux
Comme un c?ur caché sous la graisse
Au rendez-vous Place des Abbesses
Les pigeons font semblant de sourire avant de nous déféquer dessus
Venez tous vous lapider au rendez-vous Place des Abbesses
Madame Coquille-vide sera votre hôtesse
Venez y mouiller vos joies et vos peines
Les putains aussi veulent changer d'haleine
Vous qui avez tant rêvé de jouir
Vous qui avez tant voulu souffrir
Vous verserez sans doute une larme
Au rendez-vous Place des Abbesses
Toute chose a droit à sa dose de charme
Même un endroit comme ça
Ici, tous les égos se mêlent
Ici, tous les ongles nous griffent
C'est la marque d'amour
De celui qu'on a détesté
Couchons-nous sur le lit d'épines
Bordons-nous de tendres caresses
C'est ça l'ivresse de la Place des Abbesses
Oh! Emmenez-moi encore au rendez-vous Place des Abbesses
Laissez-moi dévorer ces langoureuses femmes à barbe
Parlez-moi encore de ces vieillards incontinents
Ceux qui me parlaient autrefois
Ceux qui me parlaient d'autres temps
Moi qui ai tant rêvé de jouir
Moi qui ai tant voulu souffrir
Moi qui ai tant rêvé de jouir
Moi qui ai tant voulu souffrir
Je vous emmène dans ma tête
Sur le carrousel où se violent les fous
Au milieu des bruits de la fête
Vous noyer dans l'océan des gueux
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Le columbarium — paroles: Pierre Lapointe / musique: Pierre Lapointe
J'ai tout léché les vitrines,
Bravant le columbarium
Désormais, jamais plus,
Non rien, ni vent, ni personne
Ne pourra m'empêcher de souffrir en paix,
De lécher les vitrines du columbarium
J'ai dégusté l'églantine ornant le columbarium
Désormais, jamais plus,
Non rien, ni vent, ni personne
Ne pourra m'empêcher de manger par la racine
L'églantine décorant le columbarium
C'est un endroit presque magique,
Qui ravive notre instinct tragique
Tout le monde est d'accord pour dire
Que la mort est chic
Au columbarium
J'ai assemblé toutes les planches
Placées au columbarium
Désormais, jamais plus
Non rien, ni vent, ni personne
Ne pourra m'empêcher de dormir en paix
De sommeiller dans la boîte du columbarium
J'ai exhibé mes péchés sur l'autel du columbarium
Désormais, jamais plus,
Non rien, ni vent, ni personne
Ne pourra m'empêcher de croquer la pomme
D'aller pécher sur l'autel du columbarium
C'est un endroit tellement troublant,
Brillant d'or, de noir et d'argent
Tout le monde est d'accord pour dire qu'il est épatant
Tout le monde est passé pour passer
Tout le monde a brûlé une parole
Tout le monde a pleuré pour pleurer
Au columbarium, au columbarium,
Au columbarium.
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Debout sur ma tête — paroles: Pierre Lapointe / musique: Pierre Lapointe
Mon amour en devenir a choisi le pire
Ce qui me faisait rire
Ce qui me faisait jouir
Ce qui me fait mourir
Ce qui me fait souffrir
Qu'est-ce que tu dirais si j'étais debout sur ma tête?
Comme un roi fatigué
D'avoir toujours marché
L'eau qui coule sur mes doigts
Comme une fleur carnivore
Une fleur qui avale tout
Qui avale tous les royaumes
Même les plus beaux royaumes
Même les plus grands royaumes
Qu'est-ce que tu dirais si j'étais debout sur ma tête?
Comme un roi fatigué
D'avoir toujours marché
Vous qui m'avez tout volé
Volé tout mon royaume
Allez-y, gardez tout
Et faites-en un arbre sur qui on éjacule
Des crachats de regrets
Qu'est-ce que tu dirais si j'étais debout sur ma tête?
Crachant sur les passants
Qui ne comprennent pas
Qui ne comprennent pas
Que je suis fatigué
Fatigué de marcher
Fatigué de souffler
Pour chauffer mon royaume
Mon bien trop beau royaume
Mon bien trop grand royaume
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Étoile étiolée — paroles: Pierre Lapointe / musique: Pierre Lapointe
Pourquoi ne viens-tu pas t'étendre?
Comme au temps où nous étions enfants
Le bout du nez froid, l'âme tendre
Tout s'est envolé avec toi
Depuis sortent de ma bouche immense
Des milliers d'étoiles étiolées
Qui, malgré moi, se répandent et rampent
Comme les serpents des déserts mouillés
Mais que faire sinon que d'attendre
La fin du froid du mois de décembre
Mais que faire sinon que d'attendre...
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Octogénaire — paroles: Pierre Lapointe / musique: Pierre Lapointe
On vient d'enlever ma mère et ce serait, paraît-il,
De belles octogénaires condamnant les missiles
S'adonnant au plaisir, au plaisir de la chair
Toutes nues au milieu, au grand milieu des foules
Mais que fera ma mère, ornée d'octogénaires
Ne voulant que sa chaire?
Apprendra-t-elle ces gestes, ces manies et ces tiques
Qui riment avec l'amour du sexe de ma mère?
Me trouverai-je par terre à me battre à genoux
À frapper ces grands-mères,
Celles qui m'ont volé ma mère?
Que diront les voisins, les journaux et les hommes
Qui ont souvent touché le sexe de ma mère?
Qui viendra me border le soir à mon coucher?
Moi qui ai tant de peurs, moi qui ne fais que pleurer
Peut-être l'aimera-t-elle, cette façon d'être belle
Cette façon d'être à elle, elle cette fausse pucelle
Qui dévalise les banques, qui vole les mamelles
Comme on prend un oiseau, comme on tue l'hirondelle
Que ferai-je de l'enfant conçu de l'intérieur
Qui restera de là, qui a le front malheur,
À l'heure des Anglais qui ne savent même pas
Que je suis existant
L'autre côté des mers
L'autre côté des cieux
Acier parmi les dieux
Sans droit d'être debout
Restant là rayonnant à lire et à compter
Comme un enfant d'école
Comme un enfant créole aux mamelles d'argent
Que l'on a laissé briller, étendu, esseulé comme une pièce au soleil
Que diront les voisins, les journaux et les hommes
Qui ont souvent touché le sexe de ma mère?
Qui viendra me border le soir à mon coucher?
Moi qui ai tant de peurs, moi qui ne fais que pleurer
Peut-être l'aimera-t-elle, cette façon d'être belle
Cette façon d'être à elle, elle cette fausse pucelle
Qui dévalise les banques, qui vole les mamelles
Comme on prend un oiseau, comme on tue l'hirondelle
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Reine Émilie — paroles: Pierre Lapointe / musique: Pierre Lapointe
Mais c'est l'hermaphrodite
Celui de l'acolyte
Celui qu'on ne voit pas
Celui qu'on ne plaint pas
Celui qui, sur la route,
S'en va, coûte que coûte
Dans la voiture dorée de celui qui paiera
Oh! Madame la Reine,
Dites-moi : « Qu'avez-vous
Sous vos jupons dorés
Vos sous-vêtements laqués?
Est-ce vrai que jamais
Personne n'a pu voir
Si de l'homme ou la femme
Vous avez les attraits? »
On ne sait que faire
Pour voir l'entrejambe d'Émilie
Vous ne seriez pas déçu
Non, vous ne seriez pas déçu
Mais Madame Émilie dégage des odeurs
Qui ravivent les ardeurs
Qui vous montent jusqu'au c?ur
Tellement que, homme ou femme,
Personne n'y résiste
Tout le monde tombe sous le charme de Madame Émilie
On ne sait que faire pour sentir l'entrejambe d'Émilie
Une odeur de cannelle agrémentée de camphre,
Mais Madame Émilie a des millions d'enfants
Qualifiés de mutants, cause d'un sexe atrophié
Et Madame Émilie est très grassement payée
Pour porter la semence de ces tiges humectées
On ne sait que faire pour acheter un enfant d'Émilie
Est-ce un garçon, une fille? Ça,
Nous ne le saurons jamais
Mais la mode se passe
Et l'ambiguïté reste
Et Madame Émilie est déjà démodée
Celle qu'on appelait la Reine devenue moins que rien
Elle s'en ira mourir
En attendant le pire
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Vous — paroles: Pierre Lapointe / musique: Pierre Lapointe
À vous qui m'avez volé mes plus belles années
À vous qui m'avez volé mes amours d'adolescence
À vous qui avez fait que j'ai tant pleuré pour ce détail au fond si banal pourtant
J'essaie de croire que la vie fait bien les choses
Mais cette chose-là, elle l'a ratée
C'est pourquoi je ne peux vous regarder sans me dégoûter de par la bouche
Sans me dégoûter de par le c?ur
De m'être senti de trop
De m'être senti de trop
Je sais que toute laide chose se passe
Mais en attendant, j'attends
J'attends
J'attends toujours que les discours reviennent tapisser les c?urs
J'attends toujours que les discours reviennent rapiécer de fleurs
Ces moments que je garderai comme un grand souvenir troué
Et j'attends, et j'attends, et j'attends...
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Tel un seul homme — paroles: Pierre Lapointe / musique: Pierre Lapointe
Et si je vous disais que même au milieu d'une foule
Chacun, par sa solitude, a le c?ur qui s'écroule
Que même inondé par les regards de ceux qui nous aiment
On ne récolte pas toujours les rêves que l'on sème
Déjà quand la vie vient pour habiter
Ces corps aussi petits qu'inanimés
Elle est là telle une déesse gardienne
Attroupant les solitudes par centaines...
Cette mère marie, mère chimère de patrie
Celle qui viendra nous arracher la vie
Celle qui, comme l'enfant, nous tend la main
Pour mieux tordre le cou du destin
Et on pleure, oui on pleure la destinée de l'homme
Sachant combien, même géants, tout petits nous sommes
La main de l'autre emmêlée dans la nôtre
Le bleu du ciel plus bleu que celui des autres
On sait que même le plus fidèle des apôtres
Finira par mourir un jour ou l'autre
Et même amitié pour toujours trouver
Et même après une ou plusieurs portées
Elle est là qui accourt pour nous rappeler
Que si les hommes s'unissent
C'est pour mieux se séparer
Cette mère marie, mère chimère de patrie
Celle qui viendra nous arracher la vie
Celle qui, comme l'enfant, nous tend la main
Pour mieux tordre le cou du destin
Et on pleure, oui on pleure la destinée de l'homme
Sachant combien, même géants, tout petits nous sommes
Car, tel seul un homme, nous avançons
Vers la même lumière, vers la même frontière
Toujours elle viendra nous arracher la vie
Comme si chaque bonheur devait être puni
Et on pleure, oui on pleure la destinée de l'homme
Sachant combien, même géants, tout petits nous sommes
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Plaisirs dénudés — paroles: Pierre Lapointe / musique: Pierre Lapointe
Je sais que, comme les autres, tu ne resteras pas
Je sais que, toi aussi, tu partiras
Mais quand même cette fois
J'espère
C'est pourquoi j'ai gardé au fond de mon c?ur une lueur d'espoir
En ton honneur
Car il y a déjà longtemps que je monte
Vers le haut des murs du malheur
Que je tombe, je tombe en essayant d'aspirer le bonheur
Celui que j'ai laissé trop souvent
Celui que j'ai brûlé de mes 20 ans
En me disant, comme un pauvre imbécile :
« Demain, je serai bien plus heureux demain »
Et je donne des noms au Soleil, à la Lune
En espérant que demain plaisirs dénudés,
Regards frissonnants reviendront pour m'habiter
Pour alléger la lourdeur des jours à traîner
Et je danse, je danse sur les mêmes rythmes barbares
Et je pleure, je pleure en m'assurant qu'il est déjà trop tard
Trop tard pour le bonheur éternel
Trop tard pour le grand pays des merveilles
En me répétant, comme un pauvre imbécile :
« Demain, je serai bien plus heureux demain »
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Paradis des billes — paroles: Pierre Lapointe / musique: Pierre Lapointe
Ceux qui n'iront pas à la mort
Ceux qui s'endorment dans les ports
Qualités d'étranges éternels
Un jour ils replieront leurs ailes
Deux par deux, ils s'enfonceront
De par-dessous les pieds tapant
Pour crever les yeux, les pupilles
Dans le grand paradis des billes
Ceux qui s'endorment sur la belle
Ceux qui, les joues de rouge à lèvres,
Oublient de présenter la chaire
Oublient de mouler les cheveux
Et même malgré la tristesse
Des grands regards qui les blessent
Au milieu du verre d'une bille
Les garçons regrettent les filles
Celles qui ont fait sonner les cloches
Celles qui ravivent la belle époque
Oublient de rapiécer la robe
Oublient de mouler les cheveux
Adieu à vous, les femmes jalouses
Vous que j'aurais prises pour épouses
La bouche et les yeux déchirés
Par les amants dépossédés
Vous qui partez sur l'Atlantique
Pour les soleils primés d'Afrique
Vous qui, toujours les mains glaciales,
Délaissez les caresses f?tales
Mort à vous, tous les hommes jaloux
Vous qui mourez de par les loups
La bouche et les yeux déchirés
Par les amantes possédées
J'irai au paradis des billes
Brûler les trois mille souvenirs
Des trop belles et trop grandes filles
Que je n'aurai jamais volées
Et même malgré la tristesse
Des grands regards qui me blessent
Mains prises, je m'enfoncerai
Dans le grand paradis des billes
Au paradis des billes
Les hommes sont jupons
Les douleurs sont teintées
De dentelles et de rires
Malgré la main de l'autre
De trop près similaire
De couleur de jonquille
Moi, j'ai les yeux qui brillent
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Pointant le nord — paroles: Pierre Lapointe / musique: Pierre Lapointe
Quand je pense à hier
Quand je pense à demain
Quand je ferme mes yeux
Jusqu'au petit matin
Quand je couche mon corps
Tête pointant le nord
Et que je sens mon dos
Rappelant le troupeau
Quand les funérailles de ballet
Là où les gens bâillent en anglais
Font que même la vieillesse, empreinte de paresse,
Finit par doubler le masque d'Orphée
Quand l'hypocrisie est de mise
Entre la peau et la chemise
Que la rivière coule
Et que tout déboule
Malgré le sang et les dents qui cassent
Non, je ne parlerai pas
Non, je ne parlerai pas
Car il y a une rivière
Qui a poussé entre nous
Même si la terre toute entière ferme les yeux et s'en fout
Et si un jour tu y plonges
Moi, j'y plongerai avec toi
Pour noyer dans la pénombre
La grandeur de nos ébats
Et si la terre tout entière
Se met à rire de nous
Nous leur lancerons des pierres
Pour grafigner nos genoux
Mais non jamais, mais oui je sais
Que je ne parlerai pas
Bouche gelée jusqu'à ce que nos deux corps soient enterrés
Alors non, je ne parlerai pas
Non, je ne parlerai pas
Pour toutes les grand-mères de la terre
Celles qui partiront dans le vent
Celles qui partiront pour la guerre
Armées d'enfants
J'ai rongé les sabots de l'âme
Pour oublier que l'on oublie
Toutes ces obscénités qu'on a préarrangées
Que même un pape outré ne pourrait condamner
Alors non, je ne parlerai pas
Non, je ne parlerai pas.
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Hyacinthe la jolie — paroles: Pierre Lapointe / musique: Pierre Lapointe
Ferme-la, je n'veux pas
Savoir pourquoi, encore,
Tu as ri et chanté
Avec d'autres que moi
Moi, j'étais seul avec
Mes défauts et les rats
Qui dansaient sans arrêt
Entre mes pas
J'ai parlé aux aïeux
Eux aussi m'ont dit
Qu'ils se sentaient
Un peu trop esseulés
Ces temps-ci
Toi, tu pars et
T'envoles comme
L'enfant qui rigole
Aussi vif et léger
Qu'un regard égaré
Vas-y, pars; oui, va-t'en
Va manger à la table
De Hyacinthe la jolie, qui
M'a déjà couché dans son lit
Au milieu des allées
De vent froid arrivant
Directement du futur passé
Sur la terre délaissée
Mes souvenirs ont poussé
Nourris par les rayons
Du soleil et l'odeur du fumier
Je n'ai rien oublié
Je n'ai rien amplifié
Pour moi, tout est trop clair
Tout est trop bien gravé
Chers camarades, oh!
Dites-moi
Que suis-je devenu?
Moi, votre enfant perdu car
Seul, je frissonne
Mais, pour personne,
Je ne peux oublier,
Ces cadeaux du passé
Ai-je vieilli trop tôt?
Ai-je vieilli trop tard?
Suis-je encore pris
Entre la jeunesse et
L'adulte éprouvé?
Tous ces rêves,
Toutes ces joies
Que j'avais en étant
Près de vous, chez
Hyacinthe la jolie
Tout, j'ai tout emballé
Tout emmagasiné
Pour vous avoir près
De moi le jour où
Je m'en irai, au-dessus
Des nuages, quand pour moi
Arrivera la dernière ligne
La dernière page...
Chers camarades, oh!
Dites-moi, que suis-je devenu?
Moi, votre enfant perdu car
Seul, je frissonne
Mais, pour personne,
Je ne peux oublier
Ces cadeaux du passé
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